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LA TIQUE, CETTE MECONNUE

Toute petite, elle peut passer inaperçue. Il est pourtant
important de la détecter au plus vite pour limiter les risques
d'infection. La maladie, une fois apparue, peut être grave,

Texte : Pierre Josue (Président de la Commission médicale de la FFRandonnée)
Membre du CDRP74

tique

De la taille d'une tête d'épingle ou d'une coccinelle selon son âge, elle se fixe sur la peau de l'homme. En se nourrissant de sang, elle inocule les bactéries ou les virus ingérés lors d'un précédent repas de sang contaminé. Elle peut transmettre une maladie bactérienne, une borréliose ou maladie de Lyme (du nom de la petite ville des Etats-Unis où a été découverte la maladie) ou plus rarement, une maladie virale plus grave, la méningo-encéphalite à tique MET.

LA MALADIE DE LYME

La tique peut transmettre plusieurs bacté­ries, dont trois pathogènes pour l'homme provoquent des troubles qui vont se diffé­rencier au second stade de la maladie, selon les organes atteints. Aux États-Unis, est présente une seule espèce de bactérie qui donne des douleurs articulaires. Un vaccin a pu être envisagé, mais a été abandonné. En Europe, on en rencontre deux autres à l'origine de troubles neurologiques, car­diaques ou cutanés. La présence des trois espèces rend peu probable des travaux de recherche pour fabriquer un vaccin.

 

OÙ SE CACHE-T-ELLE ?

Son milieu de prédilection ; les terrains boisés ou broussailleux, humides, entre avril et novembre. Sa répartition géographique (en expansion) : à part une petite bande le long de la Méditerranée, on la retrouve à peu près partout, aussi bien en Bretagne que dans le Limousin,mais surtout dans l'Est, en Alsace, On estime actuellement que 50 000 personnes sont piquées chaque année en Europe. En France, on compte environ 6 000 cas par an, selon HNSERM. En Alsace, 0,2 % de la population serait touchée. Et parmi celles la, 5 à 20 % seront contaminées.

Les signes de la maladie de Lyme

Une fois la bactérie transmise à l'homme, l'évolution se fait en deux temps : - le premier stade, commun à toutes les Borrélioses, peut passer inaperçu. Si ce n'est pas le cas, de 2 à 30 jours après la piqûre, apparaît une lésion dermatologique caractéristique. C'est l'élément essentiel du diagnostic : une plaque rouge indolore, non douloureuse de plus de 5 cm de dia­mètre autour du point de piqûre, en géné­ral sans fièvre ni autre signe. Bien sur­veiller la zone atteinte et consulter immé­diatement un médecin qui prescrira un antibiotique. La guérison sera le plus souvent totale à moins que ne survienne le second stade. Selon la bactérie transmise, on observe :
- des signes cutanés : la lésion initiale s'étend sur tout le corps, sauf plante des pieds et paume des mains ;
- des signes cardiaques : atteinte du cœur lui-même, arythmies ;
- des signes rhumatologiques : douleurs articulaires pendant quelques heures à quelques jours. L'inflammation des articu­lations importantes (genou, épaule ou coude) survient plus tard. Enfin, des signes neurologiques très variables : méningites, douleurs très violentes ou paralysies en particulier de la face.
Sans traitement, on atteint le stade tertiai­re : les signes sont les mêmes mais ils se sont amplifiés. Le malade est véritable­ment invalide et le traitement ne changera plus grand chose.

Le traitement thérapeutique

Prescrits dès que possible lors de la première phase, les antibiotiques appor­tent la guérison complète. Lors de la seconde phase, ils améliorent les symptô­mes et il n'est pas rare d'obtenir une gué­rison. Il est inutile de les administrer à titre préventif.

COMMENT ÔTÊR LA TIQUE?

• Une fois localisée, l'enlever immédiatement ou même ne pas lui laisser le temps de se fixer ;

• Ne jamais appliquer un pro­duit comme l'éther qui endort la tique ; si l'extraction est plus faci­le, le risque de contamination par régurgitation est plus grand ;

• A l'aide d'une petite pince très fine ou d'un tire-tique, en vente dans les pharmacies, se glisser le plus près possible de la peau sous la tique et par de petits mouve­ments de rotation dans le sens inverse des aiguilles d'une montre essayer de décrocher l'animal et l'enlever sans laisser la tête ;

• Eviter le. contact avec les doigts qui peuvent être atteints par de mini coupures par lesquelles les germes peuvent rentrer.

LA MET : MENINGO ENCEPHALITE ÀTIQUE

La tique peut transmettre aussi cette maladie MET, plus grave, peu répandue et peu connue en France. Les principaux foyers endémiques se trouvent plutôt en Europe centrale, Allemagne, Autriche, Suisse. La MET a fait son apparition depuis peu dans l'Est de la France, princi­palement en Alsace, dans les Vosges, le Jura, un peu dans les Alpes. Comme elle s'étend rapidement, on peut s'attendre à ce qu'elle touche assez vite d'autres régions en France.

Sa gravité tient au fait qu'il s'agit d'une maladie virale dont on ne connaît aucun traitement curatif et qui peut être mortelle.

Les signes de la MET

Après une période d'incubation silencieuse d'une à deux semaines, débute brutalement la première phase qui dure sept jours : mal­aises, maux de têtes et fièvre qui font pen­ser à une grippe. La seconde phase, sévère, ne survient heureusement que dans 30 % des cas. De 1 à 20 jours après la première phase, la fièvre qui avait disparu revient, très élevée et accompagnée de tous les signes d'atteinte méningée : douleurs à la tête, tremblements, troubles de la conscien­ce importants. Il n'existe aucun traitement. Le décès survient dans 2 % des cas.

La vaccination

Outre la prévention qui vaut pour toutes les piqûres de tiques, on peut miser sur un vaccin qui a fait ses preuves avec un taux de réussite de 98 %. Il n'est pas à conseiller à tout le monde, la plus grande partie de notre territoire n'étant pas zone à risque à ce jour. Avec l'extension géo­graphique des régions endémiques en Europe, le discours va peut-être changer dans quelques années. La vaccination convient à ceux qui randonnent en Alsace et dans les Vosges ou dans des pays plus continentaux de l'Europe, l'Allemagne, l'Autriche, la Suisse même.

LE VACCIN ANTI-MET

VENDU EN FRANCE EN PHARMACIE SOUS LE NOM DETICOVAC®, IL S'ADMINISTRE EN TROIS INJECTIONS : LA SECONDE, UN À TROIS MOIS APRÈS LA PREMIÈRE PUIS LA TROISIÈME, NEUF À DOUZE MOIS PLUS TARD. IL EST CONSEILLÉ DE FAIRE ENSUITE DES RAPPELS TOUS LES TROIS ANS. ATTENTION : LE VACCIN NE PROTÈGE QUE QUELQUES SEMAINES APRÈS LA SECONDE INJECTION, IL EST DONC JUDICIEUX D'ADMINISTRER LES DEUX PREMIÈRES INJECTIONS EN HIVER POUR ÊTRE PROTÉGÉ AU PRINTEMPS, QUAND LA TIQUE DEVIENT ACTIVE. LES CONTRE-INDICATIONS : PERSONNES ALLERGIQUES, ENFANTS DE MOINS D'UN AN, FEMMES ENCEINTES ET ALLAITANTES.

LA PRÉVENTION : ESSENTIELLE !

Qu'il s'agisse de l'une ou l'autre des mal­adies, la prévention joue un rôle essentiel et elle est même déterminante pour éviter la MET. La période le plus à craindre se situe entre avril et novembre. Les lieux de prédilection de la tique sont les zones boi­sées, touffues, les hautes herbes, les contrées humides. Si on a traversé ce genre de végétation durant la période propice, il faudra être attentif :

» Les vêtements doivent être recou­vrants, pantalons clairs, pour mieux voir la tique se déplacer, chemises à manches lon­gues, chaussettes montantes ;

* L'utilisation de répulsifs est recomman­dée en lisant bien la notice d'emploi, ils peuvent, à côté des aspects bénéfiques, présenter une certaine toxicité ; il en exis­te beaucoup, leur efficacité est variable ; il faut utiliser ceux qui contiennent du DEET et parmi ceux-ci nous conseillons : INSECT ECRAN PEAU ADULTE® ;

* Dès le retour, inspection soigneuse de tout le corps pour enlever la tique éventuelle, plus elle est ôtée tôt, moins l'individu a la chance de se faire infecter (si possible avant 12 h) ;

* Ensuite pendant les jours qui suivent, étant donné les délais d'apparition des signes, il faut se surveiller avec précaution et ne pas hésiter à consulter le médecin dès l'apparition de premiers signes ou même en cas de doute. •

Passion Rando magazine de la FFRP avril/juin 2007
Illustration : Vincent Jeannerot

   mars 31, 2007